vendredi 30 octobre 2009

L'âme du Kafteur




Jean-Luc Falbriard partage son temps entre la salle du Kafteur et les tournées pour présenter son dernier spectacle, Eaux les bains.


Il y a quinze ans, Le Kafteur s'installait dans les locaux de la rue Thiergarten. L'occasion de redécouvrir Jean-Luc Falbriard, un "artiste" qui a porté ce projet de lieu voué au théâtre d'humour.

De son strapontin, Jean-Luc Falbriard observe la petite salle de spectacle, pour l'instant déserte. Entre ces murs placardés d'affiches de spectacles, l'association Le Kafteur grandit depuis maintenant quinze ans. La compagnie de théâtre, et la salle dédiée au spectacle comique, n'existeraient pas sans celui qui porte maintenant le titre de directeur artistique de l'association. Pourtant, il le dit lui-même, il "reste avant tout un saltimbanque".
Un comique, qui ne manque pas une occasion de se mettre dans la peau d'un personnage loufoque. Son préféré, c'est le capitaine Sprütz (voir la vidéo). D'une voix nasillarde, marquée d'un fort accent alsacien, il grimace : "C'est un héros de l'espace, un sex symbol made in Alsace". Puis il poursuit, d'un ton sérieux : "Je suis en train d'écrire le huitième spectacle avec ce personnage, qui est devenu une valeur sure". Au début, Jean-Luc utilisait la voix et l'accent du capitaine Sprütz pour raconter des blagues lors de soirées universitaires. Puis le personnage s'est affirmé, pour devenir le clone déjanté de Jean-Luc, : "C'est mon clown".
"J'ai toujours fait des petits spectacles pour faire marrer les copains." A Colmar, où il grandit, Jean-Luc s'investit dans une association culturelle. Il écrit des textes comiques, des parodies, "ce qui me passait par la tête", et les met en scène.

"Etre là tous les soirs de spectacle"

Alors qu'il a une vingtaine d'années, il découvre le métier d'animateur à Radio France Alsace, puis à FR3. Puis viennent les chroniques quotidiennes humoristiques. "Un vrai travail de comédien : j'étais en studio avec le réalisateur, et je partais en impro."
Mais le "saltimbanque" a d'autres projets en tête. "Il n'aime pas les étiquettes, il a besoin de travailler sur plusieurs projets en même temps", explique Karine Bruder, une de ses proches, ex-présidente de l'association. Surtout qu'en ce début des années 90, il manque à Strasbourg un lieu consacré au spectacle d'humour. Autour de Jean-Luc et de son double, le capitaine Sprütz, se crée le Kafteur. La compagnie se produit d'abord dans l'arrière-salle d'un restaurant, puis au Café des Anges, haut-lieu du jazz à l'époque, pour finalement investir, en septembre 1994, les locaux actuels de la rue Thiergarten.
"Les premières années, je dormais quasiment ici, entre les travaux pour aménager le lieu, et être là tous les soirs de spectacle." Rien ne peut détourner Jean-Luc de son projet. Même l'arrivée de Camille, sa première fille, un an après l'ouverture du théâtre. "Je me rappelle de certains soirs de représentation, elle dormait dans son berceau à côté."

"Sur les routes de France"

Depuis, le lieu est la salle de jeu de Jean-Luc. Il y présente les spectacles du capitaine Sprütz, qui, au fil du temps, s'est affirmé politiquement. "Je suis séduit par les courants un peu altermondialistes, écologistes. J'essaie de le faire partager à travers mon spectacle." Et à travers les artistes qu'il reçoit au Kafteur. Beaucoup sont ouvertement de gauche, et l'expriment sur scène, comme les Malpolis et leurs chansons très politiques, programmés en octobre dernier.
Jean-Luc n'est engagé que ponctuellement par l'association en tant qu'artiste ou metteur en scène. Mais celui qu'on appelle "l'âme du lieu" essaie d'être à la hauteur de l'appellation. "Mon boulot, c'est aussi d'être là. Les habitués apprécient quand c'est moi qui introduit les spectacles."
Quinze ans après, la salle est bien rodée . "Il y a un régisseur général, un comité directeur très impliqué, une trentaine de bénévoles. Ça roule." Jean-Luc peut donc partir la conscience tranquille. En tournée avec sa troupe, par exemple, pour Eaux les bains, le dernier spectacle qu'il a mis en scène. "J'avais envie de retrouver cet aspect du métier : être sur les routes de France, aller dans d'autres théâtres, rencontrer d'autres personnes." Comme un vrai saltimbanque.

Tiffany Blandin

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